Le directeur de production transforme un projet de film en plan de travail finançable, puis répond de son exécution. C’est l’un des postes les mieux rémunérés de la grille technique du cinéma français, et l’un des plus exposés.
En bref
- Il est responsable du budget et de la faisabilité pratique du film, pas de son financement, qui reste au producteur.
- Minimum conventionnel sur un film de cinéma : 2 721,64 € brut par semaine, base 39 heures.
- Il relève du titre II de la convention collective de la production cinématographique, comme technicien salarié.
- On y accède après cinq à dix ans de production, rarement en sortie d’école.
- Code ROME L1302, appellation directeur ou directrice de production cinématographique.
Que fait un directeur de production au quotidien ?
Le directeur de production établit le budget du film, organise sa fabrication et contrôle les dépenses jusqu’à la fin du tournage. Il intervient bien avant le premier jour de plateau : c’est lui qui chiffre le scénario, poste par poste, et transforme les intentions du réalisateur en un devis que le producteur pourra présenter à ses financeurs.
En préparation, il construit le plan de travail avec le premier assistant réalisateur, arbitre entre décors naturels et studio, négocie les contrats de l’équipe technique et les tarifs des prestataires, choisit les assurances et monte les dossiers administratifs. Pendant le tournage, il suit le coût réel jour par jour, valide ou refuse les dépenses supplémentaires, gère les imprévus météo, les retards et les incidents. À la fin, il établit le coût définitif, celui qui servira à l’agrément du CNC et aux remontées de recettes.
Son travail se juge sur un point simple : le film a-t-il été fabriqué dans l’enveloppe annoncée, sans casser ce qui fait sa valeur à l’écran.

Directeur de production ou producteur exécutif : quelle différence ?
Le directeur de production est un technicien salarié du film ; le producteur exécutif est une société mandatée pour fabriquer le film à la place d’un autre producteur. La différence n’est pas de niveau hiérarchique, elle est de nature juridique.
Le directeur de production signe un contrat de travail, relève de la grille conventionnelle et rend compte au producteur qui l’emploie. Le producteur exécutif, lui, est une structure : elle contracte avec le producteur délégué, engage elle-même l’équipe, porte le risque d’exécution et se rémunère en frais de gestion et en marge, pas en salaire. Sur un tournage étranger accueilli en France, c’est la société de production exécutive qui emploie le directeur de production.
Beaucoup de producteurs exécutifs ont été directeurs de production avant de créer leur structure : c’est le parcours le plus courant vers cette fonction.
Avec qui travaille le directeur de production ?
Il est l’interlocuteur permanent du producteur, du réalisateur et de tous les chefs de poste. Le producteur lui fixe l’enveloppe, le réalisateur lui expose ce que le film exige, et le directeur de production dit ce qui est possible et à quelles conditions.
Au quotidien, il s’appuie sur une équipe : régisseur général pour la logistique et les décors, administrateur de production pour la paie et la comptabilité, chargé de production pour le suivi. Il travaille étroitement avec le premier assistant réalisateur, dont le plan de travail conditionne le coût, et négocie avec les prestataires techniques, les collectivités, les commissions du film et les assureurs.
Quelles compétences pour devenir directeur de production ?
Trois compétences font la différence : la maîtrise du chiffre, la connaissance du droit social du cinéma, et la capacité à décider vite sans casser l’ambiance d’un plateau.
- Le budget. Chiffrer un scénario, construire un devis au format CNC, suivre un coût en temps réel et arbitrer entre postes.
- Le droit. Contrats d’usage, conventions collectives, intermittence, assurances, obligations de sécurité. Une erreur ici coûte plus cher qu’un jour de tournage perdu.
- Le financement. Comprendre l’agrément, les crédits d’impôt, les coproductions et les apports en industrie, pour savoir ce que le budget peut absorber.
- L’humain. Une équipe de tournage tient à la confiance. Un directeur de production qui dit non doit être compris, pas subi.
Combien gagne un directeur de production ?
Sur un film de cinéma, le minimum conventionnel du directeur de production est de 2 721,64 € brut par semaine, sur une base de 39 heures. C’est l’un des montants les plus élevés de la grille des techniciens, au même niveau que le chef décorateur. Seuls le réalisateur, à 3 015,27 €, puis le directeur de la photographie et le technicien réalisateur de deuxième équipe, à 2 758,11 €, sont au-dessus, dans la grille en vigueur depuis le 1er mai 2026.
| Situation | Minimum hebdomadaire | Complément |
|---|---|---|
| Film de cinéma, grille générale | 2 721,64 € brut, base 39 h | — |
| Film à devis limité, annexe III | 1 542,51 € brut, base 39 h | 2 358,26 € d’intéressement aux recettes |
| Fiction télévisée | Autre convention (IDCC 2642) | Grille propre à la télévision |
Le premier montant vient de la grille des salaires minima du titre II de la convention collective de la production cinématographique (IDCC 3097), avenant du 23 janvier 2024, en vigueur depuis le 1er mars 2024. Vérifié le 8 septembre 2026 : l’avenant du 26 septembre 2025, applicable au 1er mai 2026, ne modifie pas cette fonction.
Le second relève de l’annexe III du titre II, avenant du 26 mars 2025 étendu par arrêté du 6 janvier 2026. C’est un régime optionnel, réservé aux films dont les dépenses extérieures ne dépassent pas 3,1 M€, et soumis à l’accord d’une commission paritaire.
Deux réserves. Ce sont des minima : sur un film à gros budget, la rémunération réelle se négocie au-dessus. Et sur une production de télévision, ce n’est pas cette grille qui s’applique mais celle de la convention collective de la production audiovisuelle (IDCC 2642), avec sa propre grille de salaires.
Sur le marché de l’emploi, France Travail indique que 80 % des offres des métiers de la production (code ROME L1302) proposent entre 1 802 € et 3 063 € brut par mois, au premier trimestre 2026. Le travail reste surtout intermittent : 92 % des embauches de ces métiers sont des CDD de moins d’un mois, selon les données Acoss et MSA du troisième trimestre 2025.
Quelles études pour devenir directeur de production ?
On ne devient pas directeur de production à la sortie de l’école : le poste s’atteint après cinq à dix ans de production. La formation initiale sert à entrer dans la filière et à en comprendre l’économie, pas à occuper le poste tout de suite.
Le parcours classique passe par une école de cinéma ou d’audiovisuel, puis par les postes d’assistant de production, de régisseur, d’administrateur ou de chargé de production. Un profil gestion, comptabilité ou droit peut aussi entrer par l’administration de production, à condition d’apprendre le plateau.
À l’ESRA, le cursus Cinéma et Télévision forme en trois ans à l’ensemble de la chaîne de fabrication, et le DHEC Production et Distribution prolonge cette formation en deux ans, jusqu’à un diplôme visé par l’État à Bac+5. Un module y est consacré à la production exécutive et à la gestion de tournage : organisation, planification, logistique et recrutement des équipes. Les étudiants produisent les films du DHEC Scénario et Réalisation, et suivent toute l’année les chefs de poste d’un vrai long métrage : en 2025-2026, Un bon petit soldat, de Stéphane Brizé. Parmi les anciens, Camille Cariou (DHEC 2016) est administratrice de production et directrice de post-production, notamment sur Le Comte de Monte-Cristo et Yannick.
Quels débouchés et quelle évolution ?
Le métier s’exerce en intermittence, film par film, et la régularité du travail dépend directement du carnet d’adresses. Les employeurs sont les sociétés de production de cinéma, les sociétés de production exécutive qui accueillent les tournages étrangers, et les producteurs de fiction télévisée.
Trois évolutions sont courantes. Créer sa propre société de production exécutive, en gardant la fabrication comme métier. Passer producteur délégué, en portant cette fois le projet et son financement. Ou rejoindre une structure permanente, chaîne, plateforme ou groupe de production, comme responsable de production.
Le cinéma français reste un marché actif : le CNC a agréé 290 films en 2025, dont 228 films d’initiative française, contre 309 films en 2024.
Sources : Légifrance, convention collective IDCC 3097 ; France Travail, code ROME L1302 ; CNC, observatoire de la production cinématographique 2025. Vérifié le 24 septembre 2026.
Questions fréquentes
Le directeur de production est-il salarié ?
Oui. Il est engagé en contrat à durée déterminée d’usage par la société de production, relève du titre II de la convention collective de la production cinématographique et cotise au régime des intermittents du spectacle.
Quelle est la différence avec un régisseur général ?
Le régisseur général exécute sur le terrain ce que le directeur de production a décidé : décors, transports, autorisations, intendance. Le directeur de production décide, arbitre le budget et engage la société de production.
Combien gagne un directeur de production ?
Sur un film de cinéma, le minimum conventionnel du directeur de production est de 2 721,64 € brut par semaine sur une base de 39 heures (grille des salaires minima du titre II, avenant du 23 janvier 2024). C’est un minimum : la rémunération réelle se négocie au-dessus sur les gros budgets.
Faut-il être bon en comptabilité ?
Il faut savoir lire et construire un budget, pas tenir une comptabilité. La comptabilité du film est le travail de l’administrateur de production, qui travaille sous la responsabilité du directeur de production.
Peut-on devenir directeur de production sans école de cinéma ?
Oui, par la voie administrative ou par la régie, mais c’est plus long. L’école apporte la culture de fabrication et le réseau de promotion, les deux choses qui font démarrer une carrière d’intermittent.
Le directeur de production travaille-t-il aussi en télévision ?
Oui, mais sous une autre convention collective, celle de la production audiovisuelle (IDCC 2642), avec des grilles et des rythmes de travail différents de ceux du cinéma.
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