Les films en noir et blanc à voir au moins une fois dans sa vie

1 janvier 2025
Films noir et banc Alfred Hitchcock - Les 39 marches - Film 1935 min

Éveillez votre passion pour le cinéma en (re)découvrant les grands classiques du noir et blanc. Installez-vous confortablement avec un bol de pop-corn, et laissez-vous porter par ces œuvres incontournables. Voici une sélection de films cultes à voir au moins une fois dans sa vie. Et si l’envie vous prend de passer derrière la caméra, découvrez nos formations Cinéma & Télévision.

Trois repères pour comprendre le cinéma en noir et blanc

L’expressionnisme allemand (années 1920)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le cinéma allemand invente un style fait de décors déformés, d’ombres franches et de jeu stylisé. Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920) l’inaugure ; Murnau (Nosferatu, 1922) et Fritz Lang (Metropolis, 1927) en sont les grands noms. Tous deux poursuivront leur carrière à Hollywood.

Le film noir (1941-1958)

Le critique Nino Frank forge l’expression en 1946, dans L’Écran français, en découvrant à Paris des policiers américains comme Le Faucon maltais et Laura. Détectives désabusés, femmes fatales, éclairages contrastés hérités de l’expressionnisme : la période classique va du Faucon maltais (1941) à La Soif du mal d’Orson Welles (1958).

Le noir et blanc face à la couleur

Becky Sharp (1935) est le premier long métrage entièrement tourné en Technicolor trichrome. Le noir et blanc reste pourtant longtemps la norme : pour les films sortis de 1939 à 1966, sauf en 1957, l’Oscar de la photographie est remis dans deux catégories distinctes, noir et blanc et couleur.

Les films en noir et blanc incontournables

Affiche du film Nosferatu (F. W. Murnau, 1922)

Nosferatu (1922)

Réalisateur : F. W. Murnau.

Avec : Max Schreck (le comte Orlok), Gustav von Wangenheim (Thomas Hutter), Greta Schröder (Ellen Hutter).

Synopsis : Le sinistre comte Orlok quitte ses Carpates pour une ville d’Allemagne, où il répand la terreur et la peste sur ses pas.

Pourquoi le voir ? Pilier du cinéma expressionniste et acte fondateur du film de vampire.

À savoir : Adaptation non autorisée du Dracula de Bram Stoker : les noms ont été changés, mais la veuve de l’écrivain obtient en 1925 un jugement ordonnant la destruction de toutes les copies. Quelques-unes, parties à l’étranger, ont survécu. Prana Film, dont c’est l’unique production, fait faillite. Le château d’Orlok est celui d’Orava, en Slovaquie, et la mort du vampire au lever du jour a contribué à imposer un motif devenu classique.

Affiche du film M le maudit (Fritz Lang, 1931)

M le maudit (1931)

Réalisateur : Fritz Lang.

Avec : Peter Lorre (Hans Beckert), Otto Wernicke (le commissaire Karl Lohmann), Gustaf Gründgens (Schränker).

Synopsis : Un tueur d’enfants sème la panique dans Berlin, traqué à la fois par la police et par la pègre de la ville.

Pourquoi le voir ? Tension narrative rare et performance saisissante de Peter Lorre, sommet du premier parlant.

À savoir : Premier film parlant de Fritz Lang. Peter Lorre ne sachant pas siffler, c’est Lang qui siffle l’air de Grieg, « Dans l’antre du roi de la montagne », qui trahit le tueur. Annoncé sous le titre « Mörder unter uns », le projet se voit d’abord refuser un studio : le parti nazi croyait être visé. En 1994, un sondage de l’Association des cinémathèques allemandes l’élit meilleur film allemand de tous les temps.

Affiche du film La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939)

La Règle du jeu (1939)

Réalisateur : Jean Renoir.

Avec : Marcel Dalio (le marquis Robert de La Chesnaye), Nora Gregor (Christine), Jean Renoir (Octave).

Synopsis : Le temps d’un week-end de chasse en château, les jeux de l’amour et de l’hypocrisie précipitent la débâcle d’une haute bourgeoisie.

Pourquoi le voir ? Satire sociale d’une profondeur inégalée, classée parmi les trois plus grands films de l’histoire par la revue Sight and Sound de 1962 à 2002.

À savoir : Sifflé à sa sortie en juillet 1939 et raccourci à plusieurs reprises, le film est interdit en octobre par le gouvernement, qui le juge démoralisant. Le négatif original disparaît en 1942 dans un bombardement allié. Reconstitué à partir de bobines retrouvées, avec les conseils de Renoir, il triomphe à la Mostra de Venise en 1959.

Affiche du film Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

Citizen Kane (1941)

Réalisateur : Orson Welles.

Avec : Orson Welles (Charles Foster Kane), Joseph Cotten (Jedediah Leland), Dorothy Comingore (Susan Alexander).

Synopsis : À la mort du magnat Charles Foster Kane, un journaliste enquête sur le sens de son dernier mot, « Rosebud », et reconstitue une vie.

Pourquoi le voir ? Récit novateur et mise en scène révolutionnaire, souvent cité comme le plus grand film de l’histoire.

À savoir : Premier long métrage d’Orson Welles, 25 ans, à qui la RKO accorde le montage final, privilège inédit pour un studio. Le magnat de la presse William Randolph Hearst, en partie modèle de Kane, interdit toute mention du film dans ses journaux. Neuf nominations aux Oscars pour une seule statuette, puis la première place du classement Sight and Sound de 1962 à 2002.

Affiche du film Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943)

Le Corbeau (1943)

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot.

Avec : Pierre Fresnay (le docteur Rémy Germain), Ginette Leclerc (Denise Saillens), Pierre Larquey (le docteur Michel Vorzet).

Synopsis : Dans une petite ville, un médecin est visé par des lettres anonymes qui installent peu à peu un climat de suspicion générale.

Pourquoi le voir ? Portrait brutal d’une société rongée par la paranoïa et la délation.

À savoir : Inspiré de l’affaire de Tulle, où plus d’une centaine de lettres anonymes, signées « L’Œil de tigre », ont circulé de 1917 à 1922. Produit par la Continental, société à capitaux allemands, il est attaqué à la fois par la presse de la Résistance et par les milieux catholiques. À la Libération, le film est interdit et Clouzot suspendu : il ne retrouve les plateaux qu’en 1947, avec Quai des Orfèvres.

Affiche du film Les 39 Marches (Alfred Hitchcock, 1935)

Les 39 Marches (The 39 Steps) (1935)

Réalisateur : Alfred Hitchcock.

Avec : Robert Donat (Richard Hannay), Madeleine Carroll (Pamela), Godfrey Tearle (le professeur Jordan).

Synopsis : Accusé à tort d’un meurtre, un homme fuit à travers l’Écosse pour prouver son innocence et déjouer une conspiration d’espionnage.

Pourquoi le voir ? L’un des thrillers fondamentaux d’Hitchcock, alliant suspense et humour.

À savoir : Hitchcock invente Pamela et le numéro de music-hall de Mr Memory, absents du roman de John Buchan (1915). Le premier jour de tournage, il aurait fait mine d’avoir perdu la clé des menottes qui lient Robert Donat et Madeleine Carroll, et les aurait laissés attachés jusqu’en fin de journée. En 1999, le BFI le classe quatrième des meilleurs films britanniques du XXe siècle.

Affiche du film Le Grand Sommeil (Howard Hawks, 1946)

Le Grand Sommeil (The Big Sleep) (1946)

Réalisateur : Howard Hawks.

Avec : Humphrey Bogart (Philip Marlowe), Lauren Bacall (Vivian Sternwood Rutledge), Martha Vickers (Carmen Sternwood).

Synopsis : Le détective Philip Marlowe est plongé dans une enquête labyrinthique faite de chantages, de meurtres et de séduction.

Pourquoi le voir ? Intrigue dense et mystérieuse, sublimée par l’alchimie Bogart-Bacall.

À savoir : Scénario cosigné par William Faulkner, Leigh Brackett et Jules Furthman, d’après le roman de Raymond Chandler. En plein tournage, personne ne sait si le chauffeur Owen Taylor s’est suicidé ou a été tué : interrogé, Chandler avoue ne pas le savoir non plus. Tourné en 1944-1945, le film est remanié début 1946 pour donner plus de place au couple Bogart-Bacall, marié entre-temps ; la version d’origine, montrée aux soldats américains, n’est sortie en salles qu’en 1997.

Affiche du film Monika (Ingmar Bergman, 1953)

Monika (Sommaren med Monika) (1953)

Réalisateur : Ingmar Bergman.

Avec : Harriet Andersson (Monika), Lars Ekborg (Harry).

Synopsis : Deux adolescents fuient leur vie ordinaire pour vivre un été de passion dans l’archipel de Stockholm, avant le retour au réel.

Pourquoi le voir ? Portrait bouleversant de l’amour jeune et libre, filmé avec une sensualité inédite.

À savoir : D’après le roman de Per Anders Fogelström (1951). Le regard caméra de Harriet Andersson, procédé alors presque proscrit au cinéma, enthousiasme les jeunes critiques des Cahiers du cinéma, Godard en tête ; Truffaut lui rend hommage dans Les Quatre Cents Coups, où Antoine Doinel vole une photo de l’actrice. Aux États-Unis, le film sort en 1955 remonté, doublé et rebaptisé « Monika, the Story of a Bad Girl ».

Affiche du film La Dolce Vita (Federico Fellini, 1960)

La Dolce Vita (1960)

Réalisateur : Federico Fellini.

Avec : Marcello Mastroianni (Marcello Rubini), Anita Ekberg (Sylvia), Anouk Aimée (Maddalena).

Synopsis : Un chroniqueur mondain erre dans la Rome nocturne de la fin des années 1950, entre fêtes, célébrités et vertige existentiel.

Pourquoi le voir ? Palme d’or 1960, film-somme de Fellini, qui a légué au monde la scène de la fontaine de Trevi et le mot « paparazzi ».

À savoir : Faute de pouvoir tourner sur place, le décorateur Piero Gherardi reconstitue la via Veneto au studio 5 de Cinecittà. La scène de la fontaine de Trevi est tournée en hiver : Anita Ekberg reste longtemps dans l’eau glacée, Mastroianni porte une combinaison de plongée sous son costume. L’Osservatore Romano, le journal du Vatican, attaque le film dans une série d’articles.

Affiche du film Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962)

Cléo de 5 à 7 (1962)

Réalisateur : Agnès Varda.

Avec : Corinne Marchand (Cléo), Antoine Bourseiller (Antoine), Dominique Davray (Angèle).

Synopsis : Une heure et demie durant, une chanteuse traverse Paris dans l’attente de résultats médicaux qui pourraient tout changer.

Pourquoi le voir ? Manifeste de la Nouvelle Vague au féminin, en temps quasi réel, d’une modernité intacte.

À savoir : Le récit, de 17 h à 18 h 30, est découpé en treize chapitres minutés. Michel Legrand compose la musique et joue Bob, le pianiste ; dans le court métrage muet que regarde Cléo, Jean-Luc Godard et Anna Karina forment un couple de fiancés. Le film est classé quatorzième du sondage Sight and Sound de 2022.

Par où commencer ?

Pour les incontournables : Citizen Kane, puis La Règle du jeu.

Pour le suspense : Les 39 Marches, puis M le maudit.

Pour le film noir : Le Grand Sommeil.

Pour la modernité : Monika, puis Cléo de 5 à 7.

Questions fréquentes

Quel est le plus grand film en noir et blanc ?

Aucun classement ne fait l’unanimité, mais Citizen Kane d’Orson Welles (1941) est resté en tête du sondage décennal de la revue Sight and Sound de 1962 à 2002. Dans l’édition 2022, il est troisième, et La Règle du jeu et Cléo de 5 à 7 occupent les 13e et 14e places.

Qu'est-ce que le film noir ?

Un ensemble de films policiers américains des années 1940 et 1950, aux ambiances sombres et aux images très contrastées. L’expression est due au critique français Nino Frank, en 1946. La période classique va du Faucon maltais (1941) à La Soif du mal (1958) ; Le Grand Sommeil, avec Humphrey Bogart, en est l’un des modèles.

Qu'est-ce que l'expressionnisme allemand ?

Un courant du cinéma allemand des années 1920, ouvert par Le Cabinet du docteur Caligari (1920) : décors déformés, ombres marquées, jeu stylisé. Nosferatu de Murnau en est l’un des films phares. Ses éclairages ont influencé le film noir hollywoodien, notamment par l’intermédiaire de Fritz Lang, exilé aux États-Unis.

D'où vient le mot "paparazzi" ?

De Paparazzo, le photographe de presse de La Dolce Vita de Federico Fellini (1960). Son pluriel italien désigne depuis les photographes qui traquent les célébrités.

Pourquoi certains films attendus ne figurent-ils pas dans cette sélection ?

Pour éviter les doublons, chaque film n’apparaît que sur une seule de nos pages. Rashômon, Le Voleur de bicyclette et Les Yeux sans visage ne figurent pas dans cette sélection : retrouvez-les dans nos films asiatiques, nos films italiens et nos films d’horreur.

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